Robert Mencherini, Résistance et Occupation, Midi rouge, Ombres et lumières. Histoire politique et sociale de Marseille et des Bouches-du-Rhône, 1930 - 1950, tome 3, Paris, Syllepse, 2011, préface de Stéphane Hessel, postface de Raymond Aubrac, 772 p., 25 euros.
Avec Résistance et Occupation, Robert Mencherini reprenant les travaux d’historiens comme Jean-Michel Guiraud, Renée Dray-Bensousan, Grégoire Georges-Picot, nous offre, un tableau d’ensemble de Marseille et des Bouches-du-Rhône de 1940 à juin 1944. Dans les deux volumes précédents de sa série Midi rouge, Ombres et lumières, il avait dressé l’historique de la cité phocéenne et de sa proche région au cours des années 1930, avec Les années de crise (Syllepse, 2004), puis sous le gouvernement de Vichy de 1940 à 1942, dans Vichy en Provence (Syllepse, 2009).
Il revient, dans ce troisième ouvrage, sur la création de la Résistance et son affirmation dans la région, évoque l’Occupation de celle-ci à partir de 1942, l’évolution des pouvoirs de Vichy et la vie quotidienne des Provençaux. L’analyse est solidement étayée par de nombreuses sources, aussi bien orales qu’écrites, au niveau départemental, régional, national, parfois même international.
La Résistance nous dit l’auteur commence très tôt à Marseille et dans sa proche région. Il décrit, de manière détaillée, les nombreuses filières d’aide et de sauvetage qui, dès l’été 1940, organisent des départs maritimes clandestins et les grandes organisations caritatives sur lesquelles a longuement travaille Renée Dray-Bensousan dans son ouvrage "Les Juifs à Marseille 1939-1944". Il ,s’attache également aux groupes informels, anglo-saxons, protestants, catholiques, orthodoxes ou juifs qui interviennent pour protéger les persécutés et met en évidence le rôle important de certains diplomates étrangers comme les consuls du Mexique ou de Tchécoslovaquie. Tous ces groupes sont très actifs dans les camps d’internement, dont celui des Milles, en particulier lors des rafles et déportations de juifs étrangers de l’été 1942. L’auteur reprend ici la chronologie de ces déportations à partir de la zone encore libre en utilisant des archives encore peu exploitées en ce sens comme celles des entrées au camp de Rivesaltes. Il étudie de la même manière la naissance des grands mouvements de Résistance qui se développent rapidement dans le Midi avec Combat, Libération, Témoignage Chrétien ou le Front national, proche des communistes, dont il analyse l’évolution. La place stratégique de Marseille explique aussi l’implantation de nombreux réseaux de renseignements et d’action. Tous ces éléments conduisent l’auteur à affirmer que la cité phocéenne est la première capitale de la Résistance. Et aussi que la Résistance qui commence ici avant l’Occupation - ce qui explique le titre de l’ouvrage - se trouve immédiatement confrontée au pouvoir vichyste.
Après avoir retracé l’arrivée des troupes d’occupation allemandes et italiennes en novembre 1942 et leur prise en main du département, l’auteur montre comment les autorités régionales appliquent la politique collaboratrice et répressive de l’État français. La destruction des quartiers nord du Vieux-Port de Marseille, les rafles et déportations qui l’accompagnent, l’envoi des jeunes en Allemagne pour le STO en donnent des exemples précis. Robert Mencherini examine également les relations entre les autorités vichystes, les occupants et les divers groupes de la droite extrême comme l’Action française, le PSF de La Rocque ou le PPF dominé à Marseille par la figure de Simon Sabiani. Comme dans les précédents volumes, une large part est accordée à la situation sociale et économique de département, bouleversée par l’effondrement du trafic maritime, et aux conditions de vie de plus en plus difficiles de la population.
Les derniers chapitres sont consacrés à la Résistance « sous la botte ». Robert Mencherini suit l’évolution des grands mouvements et des réseaux, face à une répression qui s’intensifie et dont témoignent plusieurs documents de la « Gestapo » (SIPO-SD) de Marseille (rapports Flora, Catilina, ou Antoine) qu’il analyse. On assiste à Marseille comme ailleurs à l’établissement d’une unité, parfois conflictuelle, entre les mouvements de Résistance et à un développement de la lutte armée, avec les groupes francs des MUR et les FTP. Ce qui n’est pas exclusif d’actions de masse comme les grandes grèves ouvrières de mars et mai 1944, pilotées par la CGT clandestine. L’ouvrage se clôt sur la création de maquis dans les collines du nord du département de juin 1944 et l’écrasement militaire de ces derniers, accompagné de véritables massacres et de nouvelles tensions entre les mouvements.
Ce volume accompagné d’un index de noms de personnes, d’une abondante bibliographie et d’un état des sources détaillé constitue, avec les précédents ouvrages de la série Midi rouge, un ensemble de référence très utile pour l’histoire de Marseille et les Bouches-du-Rhône pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Renée Dray-Bensousan


